Keziah Jones – Le Transbordeur (Villeurbanne)

Concert live de Keziah Jones au Transbordeur, avec des lumières colorées et un public attentif.

Ce mercredi 8 octobre, le Transbordeur accueillait une nouvelle étape de la tournée européenne de Keziah Jones, dans la continuité de la sortie de son album live Alive & Kicking, paru cette année et enregistré dans sa ville natale de Lagos, au Nigeria. C’est dans cet esprit qu’il a posé ses guitares à Villeurbanne pour un concert où il a, une fois encore, donné l’impression de façonner sa musique en direct. En ouverture, Indawa a offert une mise en bouche délicate et aérienne. Blues Actu y était et vous raconte.

Un moment suspendu en ouverture

Pas d’entrée fracassante pour cette jeune artiste venue présenter son EP Blue dont le single It Wouldn’t Be Me est sorti il y a quelques jours. Indawa s’installe doucement dans l’espace sonore, créant une forme d’intimité assez rare dans une salle de cette taille. Sa manière de chanter, en retrait du micro, a pour effet de mêler sa voix à l’air de la pièce. Le micro capte les souffles, les murmures, les moindres frottements, et les silences deviennent partie prenante de sa musique. Le public l’a vite compris et tend l’oreille.

Elle est accompagnée par Olivier Serrus aux percussions, dont le jeu précis et mesuré soutient ses chansons sans jamais en faire trop. Ce duo voix-percussions installe une atmosphère délicate, presque suspendue, qui prépare le terrain à la montée en intensité du concert qui va suivre.

A ses souhaits !

À 21 h précises, Keziah Jones entre en scène. On comprend assez vite qu’il ne sait pas encore exactement comment le concert va se dérouler. Lui aussi attaque en douceur. Il commence a cappella sur Femiliarise, invitant le public à chanter avec lui : « Si je joue pour vous, vous devez jouer pour moi aussi ! » Lorsque la salle s’est suffisamment prêtée au jeu, il lance dans un sourire : « Now we can bring the band on! » La voix n’est pas immédiatement au rendez-vous. Sa consommation intensive de mouchoirs laisse deviner une forme en demi-teinte ce soir-là. Mais Keziah est un guerrier : il s’engage dans son show avec une détermination qui ne faiblira pas. Haro sur le rhume !

Keziah Jones sur scène, jouant de la guitare avec microphone et éclairage sombre, vêtu d'un chapeau et de lunettes de soleil.

Keziah Jones, c’est avant tout une expérience musicale. Sa manière de jouer, de relancer, d’étirer ou de resserrer les morceaux donne le sentiment qu’il bâtit son set en temps réel, tel un chef d’orchestre au centre d’une formation qu’il connaît intimement et qu’il dirige à de nombreuses reprises, souvent dos au public.

Il joue sur les nuances, s’interrompt, relance, change l’énergie d’un simple regard. Il navigue avec aisance entre différentes influences : afro, pop, funk, groove. Cette posture rend chaque concert unique, même si quelques moments flottants apparaissent parfois lorsque les jams s’étirent un peu trop.

La setlist a offert de belles interprétations. Kpafuca, Where’s Life?, Beautiful Emilie (quelques secondes à découvrir ci-dessous), et Million Miles From Home ont jalonné le concert, rappelant l’attachement du public à ses albums historiques. Il s’en amuse d’ailleurs : « Ces morceaux commencent à être anciens, car je suis un vieux monsieur ! » Le public réagit immédiatement. « Mais si, regardez, j’ai la barbe grisonnante ! » lance-t-il dans un éclat de rire. Soixante et un ans au compteur, mais un sens de l’humour intact et une belle énergie communicative.

Beautiful Emilie lors du concert au Transbordeur

Avec cette tournée, Keziah Jones entend tourner une page pour en ouvrir une nouvelle. Il a promis des nouveautés d’ici la fin de l’année, ainsi qu’une future tournée avec une setlist renouvelée. Il est vrai qu’un nouvel album studio se fait attendre depuis Captain Rugged, sorti en 2013. Le prochain projet, annoncé comme plus expérimental, devrait néanmoins rester fidèle au « blufunk », ce cocktail unique d’influences world qu’il souhaite transmettre aux nouvelles générations.

Sur scène, Keziah Jones est entouré d’une formation parfaitement rodée : Josh “McNasty” McKenzie à la batterie, Joey “Anchorman” Grant à la basse, Alex “Beanz” Miller aux percussions ou à la basse selon les morceaux, et Edem “Amen” Viana à la guitare. La cohésion entre eux est remarquable. Ils jouent avec un sourire constant et une énergie contagieuse, au service du groove.

Keziah Jones performing on stage, playing guitar and singing into a microphone under dramatic lighting.

La fin du concert se dessine. All Along the Watchtower, reprise de Bob Dylan, est interprétée dans un esprit clairement hendrixien. Elle permet au groupe de s’envoler dans une séquence parfaitement maîtrisée, portée par une section rythmique irréprochable du début à la fin. Enfin, Rhythm Is Love, incontournable, vient conclure le concert… ou presque, puisque le groupe ne se fait pas prier pour revenir pour un dernier rappel.

En résumé, Keziah Jones a façonné la soirée avec une combinaison d’énergie, d’improvisation et d’une vraie complicité avec le public. Quelques longueurs dans les séquences instrumentales, mais ça fait partie de l’expérience d’un homme qui a toujours su se réinventer tout au long de sa carrière. Indawa avait ouvert la voie avec une approche délicate et singulière, Keziah Jones l’a prolongée avec sa science du groove et une maitrise de la scène.


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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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